Racines de l'Europe - de la Grèce aux lumières

Samedi 13 Décembre 2014 / 17h00; L'Europe inspirée

Un évènement de

Citoyennes pour l’Europe, Initiatives pour une Europe plurilingue et

l'Odéon, Théâtre de l'Europe

Racines de l’Europe – de la Grèce aux Lumières

Rencontre animée par Martine Méheut-Cendrier, philosophe, fondatrice-Présidente de Citoyennes pour l'Europe, Vice-présidente du Mouvement Européen

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En présence de Heinz Wismann et Jean-Louis Bourlanges

Lecture de textes de Paul Valéry, Denis de Rougemont, Jacques Le Goff par la comédienne Anne Alvaro

 

Selon quels critères et quelle historicité pourrait-on reconnaître à l’Europe des racines culturelles aujourd’hui perdues dans la multitude des traductions ? Certains iraient jusqu’à penser qu’elle est née sous X. Il conviendra, dès lors, de peser le poids de la reconnaissance ou de l’ignorance de ces filiations par l’Europe actuelle.

  Heinz Wismann, philologue et philosophe
 

Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen, essayiste

 

 

Lecteur en langue portugaise: M. José Manuel Esteves

 

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LES RACINES DE L’EUROPE

DE LA GRECE AUX LUMIERES

Compte rendu de Claudie Chantre, membre de citoyennes pour l’Europe

En ce 13 Décembre 2014, à l’Odéon –Théâtre de l’Europe , a lieu la  deuxième rencontre/lecture d’une série de cinq consacrée au thème de l’Europe inspirée. Rencontre animée par Martine Meheut  en présence de Heinz Wismann, philologue et philosophe, directeur d’études émérite à l’EHESS et Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et essayiste.

Martine Meheut introduit la séance en avançant que les repères géographiques étant  insuffisants pour définir l’Europe, il faut avoir recours à l’anthropologie.

« Selon quels critères et quelle historicité pourrait-on reconnaître à l’Europe des racines culturelles aujourd’hui ramifiées dans la multitude de leurs  traductions », telle est la problématique proposée.

Martine Méheut insiste sur le fait qu’il est  question de chercher  des racines à cette Europe plutôt que des origines. Le registre du végétal nous ramène à « ce qui permet de faire vivre », ce qui permet le passage de la sève. Si il n’y a pas de racines, l’arbre tombe…

Il s’agit donc de partir sur les traces d’une civilisation et d’en chercher les racines.

Anne Alvaro, comédienne et José Manuel Esteves ont lu les 4 textes : un texte de Paul Valery, in « Essais quasi politiques-Variété I et II », un extrait de le Conférence à l’Université de Genève de Denis de Rougemont (1962), un texte de Jacques Le Goff extrait de « L’Europe est-elle née au moyen-Age »(2003) et un texte de Eduardo Lourenço de « l’Europe introuvable » (1991)

La science,  fondement majeur de la civilisation européenne ?

Le texte de Paul Valéry est lu par Anne Alvaro:

« Ce que nous devons à la Grèce est peut-être ce qui nous a distingué le plus profondément du reste de l’humanité ».

 Pour Valéry, la civilisation est un trésor. L’Homme est le système de référence. Cherchant une discipline de la pensée, l’Europe est créatrice de la Science et « La géométrie grecque a été ce modèle incorruptible… » .

La science est-elle donc une des racines essentielles de l’Europe ?  C’est la question que pose Martine Meheut

Pour Heinz Wismann , la science est un des fondements de la civilisation européenne .  La science naît,  comme le mythe d’Europe, d’une séparation. Pour les autres   civilisations, il y a continuité avec leur passé . L’Europe est différente car elle se sépare. Elle ne veut pas se reposer sur la tradition. Il y a rupture et le dynamisme européen l’emporte sur une autre civilisation historique. Il faut penser au rapport que les Renaissants entretenaient avec les héritages. Il s’agissait de rebondir au-delà du présent  en se nourrissant du passé, et d’abord de l’antiquité grecque. Tandis que l’Europe diffuse ses idées ailleurs,  l’Europe elle-même se perçoit en crise. Elle entretient une relation critique à elle -même et ceci est vrai aussi pour la démarche  scientifique.

Si on essaie de se représenter ce que signifie la référence au passé proche ou lointain, on retombe sur l’intuition grecque. Le père est assimilé au présent et risquerait de peser trop, de freiner la volonté de l’enfant à la différence du grand-père. C’est pourquoi on donne à l’enfant le nom du grand-père. Et c’est la même chose qu’à la Renaissance. En ce qui concerne le christianisme,  il est question  d’une deuxième naissance par le baptême. Donc le christianisme a repris l’idée européenne.

On peut parler d’une conjonction historique dans la Méditerranée entre :

1- l’esprit grec critique,   celui de la révolte et du mécontentement. Cela revient à penser « ils ont tort, j’ai raison » alors qu’en Chine par exemple, on a une redite  de ce qui a toujours été dit.

2- et  le christianisme.  Les «  Nations », c’est-à-dire, les païens, devaient renaître.

Il y a donc rupture  dans les deux ca , et la rupture entraîne le dynamisme, le progrès. L’Europe n’est pas dans la fidélité à elle-même.

Pour Jean-Louis Bourlanges, l’Europe est lieu d’exercice de la raison  et lieu d’affirmation de l’essence de l’homme. En ce qui concerne le texte, deux éléments le  gênent :

 La révolution est exercice de la raison. La Grèce n’a pas suffisamment pensé l’historicité. Ce qui caractérise l’Europe c’est la rencontre entre la raison et l’historicité judéo-chrétienne. On peut parler d’une affirmation idéaliste : il y a le monde du réel, celui des idées et le monde des sens.

 Ce qui caractérise l’aventure historique européenne, c’est aussi la mise en service pratique d’un certain nombre de conquêtes technologiques. Au tournant des IVeme / Veme siècles, les européens se mettent à inventer et maîtriser le harnais, le moulin à eau … (cf « L’Europe est-elle née au Moyen-Age «  de J. Le Goff).  Les invasions bloquent le progrès économique mais, à partir du Xeme siècle, peut commencer la course à la productivité.                                                                                                                     Paul Valéry prend de la distance  par rapport au romantisme mais, malgré tout, le romantisme fait partie de l’aventure européenne.

Martine Meheut  pose alors la question de la dimension de l’application de la science

H. Wismann   : la conception européenne de la science, à la différence de toutes les autres ne reposait pas seulement sur l’observation. Il y a rupture avec la tradition immémoriale.

J.L. Bourlanges : il faut parler de la représentation de l’historicité. L’homme est ce qu’il devient et non ce qu’il est. L’empire romain est une immense machine à prélever et il redistribue à la classe dominante. La ville est politique chez les romains ; elle est une machine à produire au Moyen-Age .Le phénomène urbain est aussi un élément constitutif de la différence européenne.

H. Wismann : ._Le XIIIème siècle, c’est l’effondrement de la civilisation musulmane. C’est aussi   un moment- clé car il voit, en Angleterre,  la naissance du concept de « personne morale ».qui permet la continuité des efforts même en cas de disparition d’un protagoniste ( décès, départ).On peut donc penser qu’il y a comme une personne immortelle. On  accorde désormais une supériorité aux initiatives économiques . Ceci n’existe qu’en Europe .

L’aventure européenne, un retour à soi ?

Lecture du texte de Denis de Rougemont. Conférence à l’université de Genève (1962)

« Tout se passe,  au long de l’épopée, comme si Ulysse, le courageux et le rusé, préférait secrètement le voyage à son but…. ». On peut parler de passion. L’occidental est l’homme qui va toujours plus loin Les européens sont ceux qui se trompent sur leur voyage et, ce qu’ils trouvent, leur pose de nouveaux problèmes .

H. Wismann :.L’ être humain égaré revient à soi . L’Odyssée met cela en récit. Ulysse refuse l’offre de Calypso qui est pourtant belle et lui promet l’immortalité. C’est la force du retour à soi , au sens d’enrichissement. Il faut réparer l’égarement.  Si il avait accepté l’offre de Calypso, il ne se serait jamais enrichi lui-même. L’enlèvement d’Europe, c’est cela. Elle ose tout  quitter car elle veut se trouver.

J.L. Bourlanges :on pose ici la dialectique du voyage et le retour sur soi. Il s’agit d’une vision pessimiste du mythe d’Ulysse. Ici il y a un mouvement permanent incertain de la destination dont nous ignorons le cap et la destination finale. C’est une des origines de l’angoisse actuelle.

Question de Martine Méheut   « On n’ose plus l’aventure aujourd’hui ? »

Pour J.L. Bourlanges : si, on ose puisqu ‘on marche tout droit vers l’eugénisme.. On ose puisque l’Europe  a inventé l’aventure technologique illimitée.

H. Wismann : L’aventure européenne c’est un retour sur soi avec un décalage. Le décalage intègre l’acquis de l’égarement. le mot qui qualifie  le mieux la caractéristique  européenne , c’est « Renaissance ».

L’Europe ou l’aventure rationnelle ?

Lecture du troisième texte : Extrait du chapitre « la belle Europe »  dans l’ »Europe est-elle née au Moyen-Age » de Jacques Le Goff.

« La première clé de la sagesse,  c’est une interrogation continuelle… » Abélard  XIIème siècle.

La démonstration rationnelle, prônée dans ce texte est à l’opposé de l’étalage des autorités. Le savoir est une libération. La scolastique médiévale renforce le goût de l’ordre et de la clarté. Descartes a eu des prédécesseurs.

 J.L. Bourlanges : La scolastique est pratiquée par des clercs. Il y a distinction des trois  « ordres » : le corps, l’esprit et le cœur (la foi). . L’Europe a des origines chrétiennes et il y a solidarité entre l’héritage chrétien et la solidarité laïque. Voir la différence entre l’interprétation augustinienne de la Sainte Trinité (thème de l’Alliance) et celle  des ariens. Se pose la question de la séparation de l’intellectuel et du spirituel. C’est le cœur de l’aventure européenne. La laïcité est la respiration profonde de notre société.

Martine Méheut : La liberté,  cela signifie être citoyen et non « sujet ».

H. Wismann : Aucune autre civilisation n’a vécu la querelle entre Sacerdoce et Empire,  la querelle entre Philippe le Bel et le Saint Siège.

La scolastique est une étape de plus dans cette différenciation.

L’Europe ou la recherche d’un sens pour l’aventure

Lecture d’un extrait « De l’Europe comme culture » dans « l’Europe introuvable » de Eduardo Lourenço. ( 1991)  Lecture en portugais par Jose Manuel Esteves.

« Or l’idée de liberté, en dépit de nos traditions et de nos oublis permanents, s’est maintenue comme le legs le plus profond de l’attitude intellectuelle et éthique de l’esprit européen, non seulement par fidélité envers la philosophie grecque, mais aussi à cause de l’exigence de la tradition chrétienne qui fut pour l’âme ce que la philosophie fut pour l’intellect. »

« …La démocratie n’est pas une essence, un bien dont nous pouvons  jouir.. .    Elle deviendra comme tout le reste,   un simple bien de consommation si nous perdons notre mémoire d’Européens. »

Il y a un lien entre démocratie et culture. Il faudrait donc pratiquer la culture des différences,  aller à la recherche de la sagesse.

H. Wismann : La démocratie athénienne était bien différente de ce que nous appelons démocratie. C’était une démocratie de délibérations avec un nombre restreint de citoyens.                            Maintenant nous avons les médias. Eduardo Lourenço , dans le texte, évoque un carnaval des médias. Jürgen Habermas parle de « colonisation de l’espace public ».  Il faut déplorer la grande difficulté à maintenir la nuance dans les débats télévisés. C’est un peu comme si les protagonistes avaient perdu leur propre ombre.  Il faudrait partir à la reconquête de l’espace public, faire de la résistance pour avoir toujours le droit de dire des choses nuancées. Sur internet,  c’est le trop-plein donc tout s’annule. On voit ici les effets pervers des technologies de communication.

J.L. Bourlanges : Nous ne sommes pas dans une brèche entre passé et futur (référence à Hannah Arendt).                Il faut insister sur l’exigence éthique, la morale laïque. Aujourd’hui cela fait défaut. On peut dire que chacun n’est plus tenu. Il y a un grand vide en nous.

H. Wismann : On pourrait parler d’un moment d’égarement. Il y a une exigence à revenir à nous-mêmes.

 Refuser l’égarement est mortel, mais s’égarer éternellement est mortel aussi.

 


 

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