Le cinéma et l'Union européenne, en compagnie de Stanley Weber

LE CINEMA AUJOURD'HUI EN U.E.,

une exploration

 

 

Un prénom plutôt anglais, un nom presqu' allemand, né à Paris en 1986, tout jeune cadet des accords de Schengen, Stanley Weber appartient à cette génération qui pratique l'Europe comme Monsieur Jourdain fait de la prose, ''naturellement''…

L'Europe, ce soir-là à l'Odéon, c'est celle du cinéma qui est évoquée, et surtout celle de la production cinématographique, pour le grand et le petit écran, car - évolution assez récente -, la frontière là aussi disparaît désormais entre les deux mondes naguère distincts voire séparés : et la jeune carrière de Stanley Weber l'illustre clairement.

A peine le bac en poche, il entre au cours Florent en 2004, puis au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique en 2008 (dans la classe de Daniel Mesguich) pour réaliser une vocation née dans les coulisses d'un théâtre où se jouait un Cyrano mis en scène par Jacques Weber. Sur les conseils de Marina Hands il choisit de passer sa deuxième année de Conservatoire en Grande-Bretagne, à la London Academy of Music and Dramatic Art où il apprend l'escrime, les claquettes tout en perfectionnant son anglais , avant de revenir au Conservatoire faire sa troisième année.

Une formation qui va l'aider à travailler très vite en Europe : une quinzaine de films, des séries télévisées (dont la série franco-allemande Borgia dans laquelle il incarne Juan Borgia) des dramatiques dont le tournage lui font rencontrer des équipes qui viennent d'un peu partout, Ecosse, Irlande, Grande-Bretagne, Allemagne, France etc … Un souvenir particulièrement fort, celui des studios de la République Tchèque !

Depuis quelques temps, plusieurs pays européens cherchent à attirer les grosses productions, en particulier américaines. à coup de subventions et/ou de cadeaux fiscaux : depuis 2010 par ex. la France accorde un abattement fiscal de 20 % aux productions étrangères, depuis 2007 le Fonds allemand de subventions cinématographiques (DFFF) couvre dans certaines conditions 20 % des frais de production, suivant en cela la voie tracée par la Grande-Bretagne et l'Irlande . Réciproquement les réalisateurs donnent du travail aux artistes et aux techniciens européens, cameramen, ingénieurs son, lumière, maquilleurs, costumiers, acteurs … Ce que Stanley Weber confirme avec enthousiasme !

Avec l'Agence de la Culture, la Commission européenne, ainsi que le Traité de Maastricht (1992) lui en donne la mission, encourage les autorités nationales, les Institutions européennes et le secteur culturel à coopérer dans le respect des diversités locales, pour permettre l'épanouissement d'un héritage culturel commun. En 1998 la Commission européenne harmonise les règles qui permettent aux œuvres cinématographiques et audiovisuelles européennes de bénéficier d'un traitement particulier : d'une part,''la promotion de la culture est l'une des principales fonctions de la Communauté européenne'' donc chaque État membre peut soutenir sa production nationale de films et de musique ; d'autre part, les stations européennes de télévision ont l'obligation de réserver au moins 50 % de leur programmation à des productions européennes (quotas).

L'aide communautaire, conformément au principe de subsidiarité, vient ainsi compléter l'action des Etats membres par l'intermédiaire des différents programmes, comme Culture, MEDIA, MEDIA Mundus qui ont été en 2014 regroupés en un seul dispositif transversal: Europe-créative 2014-2020 dont l'objectif est de contribuer à la croissance du cinéma européen et le budget de 1,46 milliards d'euros.

Le sous-programme MEDIA permet à Europe-créative de soutenir financièrement le cinéma européen et l'industrie audiovisuelle, pour le développement, la distribution et la promotion des œuvres vers des marchés extra-européens.

Mais la Commission intervient aussi dans d'autres domaines, en particulier dans l'organisation des échanges commerciaux entre l'UE et les USA.

 

L' exception culturelle

Mais lors des négociations sur le GATT, puis le TTIP les USA insistent pour obtenir la libéralisation de la culture européenne.

Le 22 avril 2013 80 cinéastes, parmi lesquels Michael Haneke, Pedro Almodovar, Ken Loach, Christian Mungiu, les frères Dardenne, Andrezj Wajda .. adressent à la Commission européenne une pétition [2] qui refuse d'inclure la culture dans l'accord de libre-échange, ce qui reviendrait à la réduire à n'être qu'une simple marchandise. La Commission est accusée de ''n'avoir de la culture qu'une vision libérale''à l'heure où elle pourrait devenir '' une source de l'Union''. Le Commissaire européen au Commerce , Karel De Gucht assure que ''l'exception culturelle ne sera pas négociée'', mais son porte-parole précise que cela n'exclut pas pour autant l'audiovisuel des négociations …

 

Or pour les USA l'exportation des ''produits'' audiovisuels est une très importante recette pour le commerce extérieur.

 

Le problème est à la fois économique et philosophique : quel statut reconnaître aux œuvres ?

Ce qui revient à poser la question de leur valeur : doit-elle se mesurer en termes exclusivement quantitatifs, comme on le fait en appréciant le plaisir esthétique du public en terme de nombre-d'entrées-le-premier-jour (après une préparation publicitaire plus ou moins efficace) ?Lequel public n'est plus alors qu' un panel de consommateurs, ou doit-elle être d'abord appréciée dans sa dimension culturelle ? Pour caricaturer: blockbuster ou Art et Essai ?…

Ce qui amène à interroger leur fonction : l'Art est-il un service qui, une fois qu'il a été rémunéré, laisse derrière lui des effets dont l'avantage appartient à tous, comme la médecine rend la santé aux malades qui en font ce qu'ils veulent, comme le commerce vend des biens que les consommateurs pourront partager à leur guise ? Ou l'Art est-il un processus singulier de création qui suppose en chaque œuvre la présence d'un artiste à qui elle continue d'une certaine manière d'appartenir, non seulement parce qu'il l'a imaginée mais aussi parce qu'il y a travaillé, qu'il lui a donné une existence ? ce que dit l'expression '' c'est un film de Claude Miller'' ou ''un film d' Elie Chouraqui'', dans laquelle de indique un génitif à la fois subjectif (l'auteur est dans l'œuvre) et objectif (donc l'œuvre appartient à l'auteur, l'acteur, l'artiste puisque chaque être humain n'apprtient qu'à soi-même) ...

 

le droit d'auteur

en 2014 Julia Reda, députée élue comme membre du Parti Pirate allemand et qui siège avec les Verts, est chargée par le Parlement européen de préparer un rapport sur la mise en œuvre de la directive 2001/29/CE7 qui concerne l'harmonisation du droit d'auteur en Europe. Disponible le 19 janvier 2015 [3], le rapport propose une adaptation de celui-ci ''aux usages actuels du public et des entreprises'', et une protection juridique des œuvres des auteurs.

Jean-Claude Juncker l'avait annoncé en 2014 : ''Nous devrons … briser les barrières nationales en matière de réglementation des télécommunications, du droit d'auteur et de la protection des données.'' Pour en finir avec les restrictions du géo-blocage, le maître-mot est alors la portabilité, l'annulation des frontières pour les services et contenus audiovisuels, et donc la mise en place d'un droit d'auteur unique, valable pour la totalité du territoire européen. Ce qui aurait pour conséquence une hausse du coût des droits qui ne pourraient plus être achetés que par les géants, en particulier nord-américains ; ''si on casse la territorialité du droit d'auteur, c'est tout le système de financement des œuvres et du cinéma qui est à terre'' s'exclame la Ministre française de la Culture, Fleur Pellerin, pendant le Festival de Cannes.

Au Parlement européen aussi l'opposition est vive et active. Le rapport Reda est adopté le 15 juin 2015, considérablement amendé au point que la réforme du droit d'auteur n'y est plus présenté que comme une possibilité, ce que Jean-Marie Cavada, député européen en première ligne du combat contre cette proposition considère comme une « victoire ».

 

En 2015 Jim Wedon présente Sword of vengeance, film britannique dans lequel Stanley Weber s'attaque à un horrible tyran pour rendre la liberté à des sujets affreusement opprimés , n'y voir aucune malice !

Le film est disponible en téléchargement gratuit …

Stanley Weber est actuellement à l'affiche, au théâtre de l'Atelier, dans Anna Christie, une pièce d'Eugène O'Neill mise en scène par Jean-Louis Martinelli.

 

 

 

[1]Europe Créative poursuit le travail effectué dans le cadre des programmes MEDIA et Culture et apportera des soutiens accrus et adaptés au secteur de la culture avec :

- une aide financière accrue pour les artistes et les professionnels de la culture développent leurs compétences et travaillent en dehors de leurs frontières nationales ;

- davantage de financements pour des activités culturelles transnationales organisées entre Etats membres et avec des pays tiers ;

- des programmes de soutien adaptés aux besoins spécifiques des secteurs de l’audiovisuel et de la culture dans l’Union européenne ;

- des facilités d’accès aux capitaux privés, grâce à des garanties ;

- un soutien à la compétitivité de l’Europe dans les domaines culturel et cinématographique, conjugué à la préservation de la diversité linguistique et culturelle ;

- un renforcement de l’expertise bancaire dans les secteurs de la culture et de la création ;

- un soutien à la compétitivité de l’Europe dans les domaines culturel et cinématographique, conjugué à la préservation de la diversité linguistique et culturelle.

Domaines d’action :
En 2014, 7 des 18 films en compétition pour la Palme d'Or du Festival de Cannes étaient soutenus par le programme MEDIA. En 2014, le prix MEDIA, soutenant les projets de cinéma européen, a été remis au réalisateur bosnien Denis Tanovic.
Sur les 13 derniers gagnants de la Palme d'Or, 9 ont bénéficié d'un financement du programme MEDIA, notamment Michael Haneke en 2012 pour son film "Amour".

  • les projets internationaux de coopération entre organisations culturelles et créatives, au sein de l’UE et au-delà ;

  • les réseaux permettant aux secteurs culturels et créatifs de se développer sur un plan transnational et de renforcer leur compétitivité ;

  • la traduction et la promotion d’œuvres littéraires sur les différents marchés européens ;

  • les plateformes d’opérateurs culturels assurant la promotion d’artistes émergents et favorisant une programmation véritablement européenne d’œuvres culturelles et artistiques ;

  • le développement des compétences et la formation des professionnels de l’audiovisuel ;

  • le développement d’œuvres de fiction, d’animation, de documentaires et de jeux vidéo créatifs pour les marchés de la télévision et du cinéma européens, et autres plateformes :

  • la distribution et la commercialisation d’œuvres audiovisuelles en Europe et en dehors ;

  • les festivals destinés à la coproduction internationale de films ;

. le développement du public, de la culture cinématographique et de l’intérêt pour les films

européens à travers un vaste éventail d’événements.

 

[2] l'exception culturelle n'est pas négociable (pétition)


Le 13 mars 2013 risque de marquer un tournant majeur et scandaleux dans la construction de l’Europe. C’est le jour où la Commission européenne, sous l'impulsion du Commissaire Karel de Gucht, a décidé de piétiner l’exception culturelle en adoptant un projet de mandat de négociation qui intègre les services audiovisuels et cinématographiques aux discussions commerciales qui débuteront cet été avec les Etats-Unis.
Oubliées les paroles enflammées du Président Barroso qui assurait en 2005 que « dans l’échelle des valeurs, la culture vient devant l’économie ». Balayées toutes les déclarations d’amour au cinéma du même Président Barroso lorsque les cinéastes avaient été contraints de se mobiliser pour défendre le programme MEDIA. Et quid de ce slogan porté par la Commission : « Europe loves cinema » ! A quelques mois de la fin de sa présidence, on peine à savoir quelle trace Monsieur Barroso veut laisser dans l’histoire de l’Europe. Pour l’heure, c’est malheureusement l’image de la démission culturelle qui domine. Il semble même ne pas avoir retenu la leçon que lui-même donnait il y a peu : « la réponse à la crise, c'est la culture. » Ne nous y trompons pas, le mandat de négociation proposé est un renoncement, une capitulation, une rupture.
Il y a 20 ans, c’est sur le territoire européen que se forgea cette volonté commune de soutenir la création et de promouvoir sa diversité.
Il y a 20 ans, l’exception culturelle faisait irruption dans le paysage international et permettait la reconnaissance d’un statut spécifique aux œuvres de l’esprit qui ne peuvent pas être des biens comme les autres et qui doivent être exclus des négociations commerciales.
La Culture est au cœur de l’identité et de l’idéal européens
. (souligné par nous Ndlr)
Il y a 20 ans, à l’occasion des accords du GATS, c’est au nom de l’exception culturelle que la création et la diversité linguistique ont pu continuer à bénéficier de règles de protection et de soutien.
Le bilan est positif pour ceux qui veulent le regarder avec objectivité : la diversité culturelle est aujourd’hui une réalité pour la plupart de nos territoires, facteur d'échange et de compréhension mutuelle, mais aussi génératrice d'emploi et de croissance.
L’Europe que nous aimons est celle qui a œuvré pour faire émerger la Convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles et qui l’a ratifié en grande pompe dès 2006, rassemblant 126 pays du monde entier. L'Europe que nous aimons est celle que le monde regarde avec fierté comme initiatrice et porteuse de cette grande idée.
Avec l’adoption de ce mandat de négociation qui réduirait la culture à une monnaie d’échange, la Commission (à l’exception de trois commissaires qui ont voté contre) a renoncé à défendre l’exception culturelle. Elle s’est reniée et a renié les engagements qu’elle avait pris, n’hésitant pas à faire preuve d’une duplicité condamnable.
Nous refusons cette Europe qui veut désormais se soustraire aux grands principes posés par la Convention, notamment celui qui consacre la souveraineté culturelle des Etats.
Face à des Etats-Unis dont l’industrie du divertissement est la seconde source d’exportation, la libéralisation de l’audiovisuel et du cinéma signifierait le démantèlement annoncé de tout ce qui a protégé, promu et développé la culture européenne. Cette politique, doublée d'une hyper-bienveillance fiscale pour les géants numériques américains, ressemble à s'y méprendre à une volonté consciente de mettre à genoux la culture en Europe.
Ceux qui, au nom de l'Europe, auront couvert ou accepté cette démission en seront définitivement redevables aux yeux de l'Histoire. La diversité culturelle ne peut être une monnaie d’échange, elle doit rester une ambition, une exigence et un engagement.
Il n’est pas trop tard !
Nous nous battrons pour que l’Europe continue à écrire son Histoire par l’esprit, par la Culture, par un regard divers sur soi et sur le Monde, afin que les citoyens puissent apporter des réponses profondes et complexes aux défis que notre époque soulève.
Les personnalités européennes signataires appellent solennellement les chefs d'États européens à se prononcer en faveur de l’exclusion des services audiovisuels et cinématographiques des négociations entre l’Europe et les Etats-Unis.

 

[3] Rapport de Julia Rdea

 

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françoise greisch

 

 

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