Café-citoyennes pour L'Europe face au défi de la sécurité

Jeudi 4 février, 18h15- 19h45

Citoyennes pour l'Europe a invité

Nicole Gnesotto

 

Les évènements récents nous ont obligés à sortir du sommeil entretenu par la certitude de la pérennité d’une « période de paix et de stabilité sans précédent dans l’histoire européenne ».

Pourtant Nicole Gnesotto, elle depuis longtemps, veille et s’inquiète devant de manque d’intégration communautaire des Etats européens.

En grande experte de cette question elle nous a livré pourquoi il est devenu, aujourd’hui, urgent de parvenir à un continuum entre défense, sécurité et politique étrangère

Nicole Gnesotto à gauche  avec Martine Méheut,  le 4 février 2016

 Nicole Gnesotto est Professeure titulaire de la chaire sur l'Union européenne au CNAM et Vice-présidente de l'Institut Jacques Delors.

***

Compte-rendu L'Europe face au défi de la sécurité, par Françoise Greisch

 

Le Café-Citoyennes du 4 février 2016 invitait Nicole Gnesotto au  Viaduc Café [1] pour aborder la question de la sécurité en Europe.

Nicole Gnesotto est normalienne, agrégée de Lettres Modernes, titulaire d'un DEA d'Histoire. Elle a passé une grande partie de sa carrière au Conseil de l'Union européenne : spécialiste des questions de stratégie, elle a été la première directrice de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne ; elle est vice-présidente du Conseil scientifique pour la formation et la recherche stratégique, présidente (première femme) du Conseil d'administration de l'Institut des hautes études de la Défense nationale, membre de la Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale…   Elle est vice-présidente de l'Institut Jacques-Delors.

Elle a fondé le Forum Europe du Centre national des Arts et Métiers, où elle est professeure titulaire de la chaire Union européenne.

 

Après avoir présenté Nicole Gnesotto, Martine Méheut évoque l'état moral de l'Europe : d'un côté une croyance fondatrice – et illusoire ? - en une ''paix perpétuelle'' garantie par l'Union européenne, de l'autre, une demande sans cesse grandissante de sécurité, relayée par une inquiétante montée de populismes, qui amènent un doute : cette Europe qui semble incapable d'assurer sa sécurité, peut-elle durer ? Et suscitent un débat : faut-il créer une armée européenne ?

Pour : Juncker. Contre, Le Drian. Et, troisième voie ?, Federica Mogherini qui veut faire accepter en juin prochain par les 28 et à la demande du Conseil européen, une nouvelle ''stratégie globale sur la défense''… [2]

 

Nicole Gnesotto :

D'abord, un double constat :

 1) l'Europe est aujourd'hui dans un état de très grande vulnérabilité, tel qu'elle n'en a pas connu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale : des menaces à l'Est, au Sud, du Levant au Pakistan, de la Libye à la Mauritanie, plus des menaces extérieures, venues de la Russie de Poutine, intérieures, celles du terrorisme, avec cette nouveauté que ce sont des Français qui tuent des Français… A quoi s'ajoute la crise économique, en particulier en Grèce où elle sévit toujours, le risque de sortie de la Grande-Bretagne – qui menace la construction européenne -, et le nombre sans cesse croissant de réfugiéss ! Mais n'oublions pas que les réfugiés, eux, ne sont pas des menaces ! Ce sont des victimes … pourtant ils sont par beaucoup perçus comme une menace.

Et leur arrivée suscite des murs et des barbelés, la montée des extrêmes droites xénophobes, la prise de mesures de lutte excessives contre le terrorisme … jusqu'où peut-on aller sans risquer de remettre en cause la démocratie elle-même ? Vue ainsi, l' Europe ne passe pas 2020 !! je n'en fais pas le pari, mais je dis que le risque est réel !

Et si j'ajoute une crise financière en Chine, le déplacement d'un million de migrants, venant d'Afrique et d'extrême-Orient, d'autres attentats …

Une double vigilance est nécessaire, une vigilance politique, citoyenne mais qui n'est pas aujourd'hui notre propos,  et une vigilance  sécuritaire.

2) depuis de Gaulle, la France est seule, ou presque, à considérer les questions de sécurité comme politiques, les autres pays en ont plutôt une approche technique, pragmatique : la PSCD [3]

De plus, les questions de sécurité deviennent des questions citoyennes ; les Européens demandent deux choses, de la croissance et de la sécurité : et, paradoxalement, 80 % considèrent l'Europe comme une ''safe place to leave'', mais aussi 50 % comme un lieu dangereux qui menace leur intégrité physique (mars 2015)

 

Dès lors, deux points doivent retenir notre attention

- L'UE est-elle capable de répondre à ces défis de sécurité ?

- ce qui a été fait jusqu'à présent est-il inadapté ?

 

Rappelons d'abord que depuis 1999 la Défense est une compétence légitime de l'Union qui correspond entre autres à : l'Agence européenne de l'armement, un État-major à la disposition de F. Mogherini, un mini service de renseignement, et ainsi la Défense européenne est devenue une possibilité, mais avec un seul objectif, gérer les crises des autres (Atalante en Somalie, cessez-le-feu en Géorgie par exemple) stabiliser une région, aider à reconstruire (Palestine, Afghanistan ..). La défense de l'Europe relève de l'OTAN et des nations elles-mêmes, mais rien n'est construit en soi  pour défendre l'Europe : pas d'armée européenne.

Ce qui est donc totalement inadapté aux nécessité de notre sécurité, et ce d'autant plus que la situation a évolué récemment sur deux points en particulier : une coïncidence de crises graves autour de l'Europe,durables et différentes,  pour lesquelles aucune solution n'apparaît actuellement ( Ukraine, Boko Haram, Daech …) et un continuum très grand entre les menaces contre la sécurité intérieure et extérieure.

 

L' Ukraine ?: que pouvons-nous faire à l'égard de la Russie ? Rien, car rien ne peut se faire sans l'aval de l'ONU et la Russie, membre du Conseil de Sécurité, opposerait évidemment son veto à toute demande! Par ailleurs l'OTAN est là face à une ambiguïté, une zone grise où des camions manœuvrent clandestinement : comment réagir ?

La PSDC y est inutile

Daech ?: que peut faire la Défense européenne ? Rien ...  il ne reste qu'une possibilité, celle d'une coalition militaire aérienne autour des USA

L 'Afrique ?: là la France, et la PSDC  certes interviennent en 4 endroits, mais c'est une réponse partielle et insuffisante.

 

De plus, le continuum du terrorisme mêle les conflits extérieurs non résolus et des questions intérieures, sociales, religieuses, qui sont étrangères à la pensée stratégique traditionnelle…

 

Certes, la France veut s'appuyer sur l'article 42§7du TUE [4], mais c'est sans effet ;

de plus, les autres instruments non militaires (ceux du ''deuxième pilier''), les accords de Schengen, la définition du droit d'asile, le fichier des passagers etc ..   connaissent une crise grave qui les rend inutilisables ..         

Ce qui a été construit en Europe pendant quinze ans était parfait, mais l'état du monde a changé !

 

Quelles solutions ?

Il faut premièrement politiser la Défense, par une réforme institutionnelle qui amène le Conseil européen à se réunir une fois par an comme Conseil de Sécurité de l'Union européenne, où les Chefs de gouvernement analysent ensemble les menaces, deuxièmement il faut se doter d'une politique de sécurité globale : intérieure, extérieure et frontalière.

La Commission a des compétences, elle doit donc , et c'est urgent, jouer son rôle avec cohérence sur ces trois ''fronts'' ; à l'intérieur, en unifiant un droit d'asile européen qui mette fin aux dumpings locaux, en organisant un PNR européen efficace. Aux frontières, en expliquant ce qu'est Schengen à l'opinion publique : que ce n'est pas le problème mais la solution, tout en l'appliquant, et en protégeant la frontière extérieure par un corps de garde-frontière .       A l'extérieur en utilisant la PSDC  pour la gestion des crises là où c'est encore nécessaire, comme au Sahel, car il faut traiter le terrorisme en amont et stabiliser ou reconstruire les Etats locaux par une aide au développement de leurs propres forces de maintien de l'ordre.

Il faut donc remodeler ce qui a été créé depuis Maastricht tout en sachant clairement que l'Europe ne peut pas tout, et que la démocratie veut qu'il incombe d'abord aux États d'être responsables de la sécurité de leurs citoyens.

 

DIALOGUE AVEC LE PUBLIC

 

Question : Les citoyens donnent-ils vraiment la priorité nécessaire à la défense ?

Question : Le vrai problème n'est-il pas que dans le partage des rôles entre l'OTAN (le sérieux) et la PSDC (l'exotisme) ? Le sort des Européens est-il entre les mains des USA ?

 

Réponse : Les citoyens sont-ils inquiets ? Oui, mais … peut-être plus en France qu'ailleurs, à cause des attentats ?

Considérons la dimension économique de la situation : le pétrole ? Il n'y a pas de politique énergétique européenne commune, ce qui aggrave notre dépendance à l'égard des deux régions productrices, qui sont en même temps deux des régions les moins démocratiques possible ! Alors les dirigeants semblent préférer le risque du terrorisme à celui de la crise économique , et l'arme économique seule n'est pas efficace.

R. L'OTAN ? Il n'y a que les Français qui s'en méfient ! Car nous sommes différents des autres …  Les Européens sont contents de dépendre des USA parce que, d'abord, cela coûte moins cher (c'est la raison aussi du succès de la CEE depuis 1954) ; ensuite parce qu'un leadership américain leur semble préférable à un leadership franco-allemand, enfin parce qu'en cette période d'insécurité grandissante il vaut mieux faire confiance à l'armée US plutôt qu'aux armées nationales européennes.

Mais de leur côté les USA commencent à se lasser, car cela leur coûte cher, cela leur lie les mains, alors qu'il n'y a plus de guerre froide : Obama veut quitter l'Irak et oublier Daech … Mais peut-être est-ce l'occasion d'un changement, d'une prise de conscience européenne ?  Plus de crise égale moins d'Amérique, donc plus d'Europe ?

 

Q. La Communauté Européenne de Défense, en 1954 : une révolution intellectuelle ?

R ; L'heure est grave ! Les forces de destruction politique sont plus grandes que les forces de construction économique, les extrémismes de droite, la menace britannique de sortir …  Il nous faudrait un de Gaulle européen, je mesure l'oxymore ! Alors que renaissent tant de cultes de la souveraineté nationale…Et le vrai problème c'est la fin du sentiment de solidarité entre les peuples d'Europe , Orban étant affilié au PPE il a la parole au Parlement européen, alors on le laisse dire, et donc on le laisse faire …

De plus l'Europe est impuissante à montrer, à faire savoir ce qu'elle fait pour les Européens, en particulier pour lutter contre le chômage des jeunes, ce qu'elle peut faire pour les réfugiés, contre le terrorisme, alors la construction européenne paraît de plus en plus réversible, comme le dit une clause du Traité de Lisbonne.

 

Q. Le cas de l'Iran ? Daech ?

R. L'Iran n'est certes pas démocratique, mais qu'il revienne est une bonne chose …

Daech ? Je vous renvoie à l'analyse d'Olivier ROY dans Esprit : ce n'est pas l'Islam qui est premier dans la ''radicalisation'', mais la radicalité des sociétés qui sont islamisées.

*

***

[1] dont les voûtes nous sont maintenant familières, au 43 avenue Daumesnil dans le XII ème arrdt de Paris

[2] Le 5 février, Federica Mogherini a présenté les principaux enjeux du conseil informel défense : la coopération entre l'UE et l'OTAN, les diverses opérations en Afrique, dans le Sahel, en Libye et en Afghanistan, et la préparation de la stratégie globale de l'Union...

[2] La politique de sécurité et de défense commune (PSDC, anciennement politique européenne de sécurité et de défense, PESD) donne à l'Union européenne la possibilité d'utiliser des moyens militaires ou civils destinés à la prévention des conflits et à la gestion des crises internationales. Elle fait partie intégrante de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC).

Voir notre entretien ci-dessous avec Pervenche Bérès sur ce sujet, Café-Citoyennes du 10/12/2015

[3] Une clause d’assistance mutuelle prévoit que si un État membre fait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir (art. 42§7 TUE).

 Une clause de solidarité prévoit par ailleurs que, dans les cas d’attaque terroriste, de catastrophe naturelle ou d’origine humaine affectant un État membre, l’Union doit mobiliser tous les instruments dont elle dispose, y compris les moyens militaires mis à sa disposition par les États membres, pour porter assistance à l’État victime ou pour prévenir la menace terroriste et protéger les institutions et la population de l’État menacé (art. 222 TFUE et déclaration annexée n° 37).

 

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