Regard sur les arts plastiques en Europe, avec Yvon Lambert

  • Le 18/02/2016 de 18h00 à 20h00
  • Lieu: Le Viaduc Café, Adresse, 43 avenue Daumesnil - 75012 Paris

 

 

 

 

 

 

 

Yvon Lambert, galériste a dialogué avec Sarah Fumey, jeune étudiante

 

  Reportage, Regard sur les arts plastiques en Europe, 

par Françoise  Greisch, Citoyennes pour l'Europe

Initialement prévue le 14 Novembre 2015 à l'Odéon, la rencontre '' Regards sur les Arts plastiques '', avec Yvon Lambert, fut reportée par respect du deuil national qui accompagna les attentats ; elle vient d 'avoir lieu le 18 Février au Café Le Viaduc, reprenant ainsi la tradition des Cafés-Citoyennes pour l'Europe.

Martine Méheut, Présidente de Citoyennes pour l'Europe, accueille Yvon Lambert en le remerciant de sa venue et en exprimant le souhait qu'en ces temps si troubles la culture puisse relever nos espérances européennes, Sarah Fumey le présente en rappelant ce geste fondateur : Yvon Lambert acheta sa première oeuvre à 14 ans inaugurant ainsi une collection [1] qui compte désormais de nombreux artistes, parmi lesquels des Européens ont une place importante.

Y.L.'' On aime tous l'Europe, on a envie de la voir s'épanouir, mais elle va tellement mal, l'idée de faire l'Europe est défaillante … C'est vrai que je je présente de nombreux artistes européens, Buren, Toroni, Richard Long, Paolini,  Kiefer , tant d'autres !… Mais le choix des artistes se fait au coup de coeur, il ne fait pas attention au passeport ! C'est un territoire sans fin le monde de l'art ! J'ai aussi montré beaucoup d'artistes américains parce que dans les années 70 c'était là la création la plus importante, pour la créativité, la vitalité, New York avait supplanté Paris …

Pollock, Franz Klein, Newman, ensuite le Pop Art, un mouvement totalement américain, et pendant ce temps l'Ecole de Paris continuait de se croire le centre du monde … mais le Pop Art est venu avec l'organisation américaine et Rauschenberg a eu le Prix de la Biennale de Venise, puis ce fut l'Art conceptuel, l'Art minimal, avec plus de réflexion, de pensée et les Américains, qui aiment la couleur, ont boudé ces œuvres qui sont alors venues en Europe : de la fin des années 50 à 2000 tout a basculé vers les USA – où l'on trouve d'ailleurs de tout, le pire comme le meilleur …

 

S.F. Avez-vous fait ce métier de manière engagée ?

Y.L. En 70, montrer Buren c'était vraiment un engagement social, politique, une ouverture sur le monde … j'étais engagé dans ce travail que je montrais! Et les Français ne s'intéressaient absolument pas à l'Art contemporain, j'étais à contre-courant en montrant un art – conceptuel, Pop même – qui est maintenant complètement établi !

S.F. Un artiste ?

Y.L. Sol LeWitt … une grande intelligence, une grande culture, il faisait des dessins directement sur les murs … Toroni : des empreintes de pinceaux [2] sur différents supports … mais cela fait deux artistes !  Buren a bouleversé le langage de l'Art avec ses bandes, et beaucoup d'autres ont transformé le paysage … Mais si je ne devais ne garder qu'une seule œuvre, ce serait un petit format qui tient dans la main, mais si grand, de Robert Ryman...

S. F. Dans le catalogue de la Villa Medicis [3] on ne voit pas de rupture entre l'art classique et l'art contemporain ?

Y.L. C'étaient des œuvres de ma collection, des œuvres attachées à l'Histoire de l'Art … Cy Twombly et des titres de l'Antiquité gréco-romaine : l'Histoire de l'Art est immense, elle influence les artistes et, réciproquement, des artistes contemporains – comme Buren – sont déjà historiques ; l'Art se nourrit de l'Art ; quand j'étais marchand, Paolini, influencé par l'Art du passé, a fait une mise en scène avec une accumulation de châssis qui reprenaient les dimensions de chassis commandés par Cézanne .. Dans une oeuvre il n'y a pas de hasard, les artistes réfléchissent pour la réaliser … Chaque artiste a quelque chose à dire, il faut avancer et l'histoire de l'Art se construit comme cela : Derain disait ''Il faut mettre le feu au Louvre!''

S.F. Quel est le Matisse d'aujourd'hui ?

Y.L. Difficile à dire … la peinture existe encore, mais le ''nouveau'' Matisse n'est pas forcément peintre … peut-être même que la peinture est morte ? Il y a les vidéos, les installations ...

S.F. Comment devient-on collectionneur ?

Y.L. J'ai acheté à 14 ans, il faut acheter, mais collectionner n'est pas une question d'argent : plutôt de coup de coeur, il faut du désir…savoir préférer acheter un Matisse plutôt qu'une voiture ? aujourd'hui on ne parle que du marché, de ventes, d'investissements, j'ai fermé ma galerie par lassitude, parce qu'on ne parle plus que d'argent

S.F.''Les femmes'' sont-elles un sujet présent aujourd'hui ?

Y.L. sans doute et les femmes s'en chargent bien aujourd'hui, Annette Messager et beaucoup d'autres!   Mais la parité est loin d'être gagnée, et je ne parle que de l'Occident !

 

 

[1] Yvon Lambert ouvre sa première galerie à Paris en 1966, en 1992 il présente sa collection personnelle à Villeneuve d'Ascq ; en 2000 la Collection Lambert s'installe à l'hôtel de Caumont (Avignon). En 2014 Yvon Lambert annonce la fermeture de sa galerie parisienne.

[2]  que l'on peut voir actuellement en vitrine de la librairie Yvon Lambert, au  108  de la rue Vieille du Temple 75003

[3] en 2008 Yvon Lambert expose une grande partie de sa collection à la Villa Medicis

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Les artistes, dit Yvon Lambert, n'ont pas besoin de passeport, le monde de l'art est un monde sans frontière … rappelant que l'histoire de l'Art commence avec la géographie des voyages :

bien avant Schengen et que je sache, avec une autre réussite, les artistes ont dessiné une Europe du commerce des œuvres et des idées, quand ce mot de commerce disait d'abord le goût et la culture des rencontres, une Europe où collaboraient les meilleurs des artisans, les plus doués des artistes pour construire les cathédrales, pour apprendre les uns des autres les gestes et les savoirs qui se rassemblaient dans le même mot, Art. Des Flandres à l' Italie les peintres allaient apprendre leur métier, du Sud au Nord voyageaient les traditions pour s'enrichir mutuellement,  la diversité des paysages se regardait avec avidité, les artistes d'ici s'initiaient aux chants, les notes, aux couleurs, aux formes d'ailleurs pour devenir enfin eux-mêmes, Turner éduqué par Poussin, Normand de Rome,  par Claude Gellée, Lorrain de Naples, Turner à Venise,  bravant le blocus pour rejoindre le continent …

''l'Art, disait Baudelaire, est un voyage'', le marchand, celui qui marche, ouvre les routes et tisse ainsi l'espace que traversent les œuvres : Yvon Lambert – qui dit marchand, et non galeriste, ce que font beaucoup de ses confrères, ce n'est sans doute pas un hasard – a regardé du côté de l'Océan et fait venir en Europe les œuvres de ceux qui l'avaient quittée. Annuler l'espace.  Résister au temps ? En 2000 Yvon Lambert a choisi l'Hôtel Caumont à Avignon pour présenter sa collection, 450 œuvres qui font du lieu un Musée ouvert, offert (c'est le même mot) au public.

Collection publique et Musée sont des inventions de l'Europe des Lumières, de cette Philosophie humaniste qui veut mettre les œuvres à la disposition de tous dans un lieu qui deviendrait le centre de la Cité, conserver les œuvres en les protégeant de la vente,  diffuser le beau et les savoirs, les techniques, les sciences, permettre ainsi aux Citoyens de participer au progrès commun …

Quand Yvon Lambert ferme sa galerie de Paris, il dit « … je veux faire quelque chose de plus humaniste, moins axé sur l'argent et l'obsession des prix. »

La valeur d'une ''œuvre de l'esprit'' ne peut pas se limiter à celle que lui donne le marché, car elle n'appartient pas d'abord à un individu, mais à l'humanité dont elle est la propriété comme on le dit d'un corps chimique, sa création et son existence sont par essence humaines et la destine à l'ensemble de l'humanité. En ce sens, Yvon Lambert est en fait un véritable humaniste, un Européen des Lumières.

Les premiers objets rassemblés et présentés au Louvre en 1793 sont des peintures, des sculptures et des livres.

A Paris Yvon Lambert continue de rencontrer le public, au 108 rue Vieille du Temple, au milieu de livres … Sur la façade on lit  

 

''La virgule, selon Grévisse, coordonne différents éléments de même fonction et marque une courte pause.''

Une courte pause ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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