Annegret KRAMP-KARRENBAUER


 

Elle a grandi à l’Ouest, elle est catholique, brune, a trois enfants, et c’est une littéraire. A priori, tout le contraire d’Angela Merkel. Mais Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK , partage le même sens de la rigueur que la Chancelière. Angela Merkel, à la tête de la CDU (parti conservateur) depuis 2000, en a même fait sa favorite pour prendre sa succession.

1962. Naît à Volklingen (Sarre)En 1982, le bac en poche, elle quitte la Sarre et s’inscrit à l’université de Trèves, dans la région voisine de Rhénanie, à 80 km de sa ville de Püttlingen. Une échappée de courte durée. Toute juste élue conseillère municipale, elle rentre quatre ans plus tard à Püttlingen. Elle finira ses études de droit et de sciences politiques mais à l’université de la Sarre.

Elue à la tête de la Cdu en février 2018, elle souhaite une Europe forte, explique-t-elle dans une interview exclusive accordée à Ouest France et aux douze quotidiens allemands du groupe Funke (Funke Medien Gruppe (25/08/2018). Elle fait des élections européennes de mai 2019 un affrontement avec les partis populistes.

Comme la chancelière allemande, elle mise sur la recherche du consensus plutôt que sur les grandes déclarations. Comme Angela Merkel, elle doit se défendre contre les barons du parti. Et comme elle, elle sait l’importance d’une stabilité européenne pour les intérêts allemands.

Annegret Kramp-Karrenbauer durant son interview | RETO KLAR

Les élections européennes de mai pourraient être l’occasion d’une forte percée des partis de droite populiste et radicale. Quelle est votre stratégie face à cette tendance ?

L’objectif de ces élections doit être d’obtenir une majorité pro-européenne qui permette au Parlement européen de fonctionner correctement. La grande opposition, et cela sera le cas en Allemagne aussi, se fera face à ces partis populistes qui refusent l’Europe et jouent sur la nostalgie nationale. Nous défendrons l’idée que c’est dans l’intérêt de l’Allemagne d’avoir une Europe forte et en état de fonctionner.C’est seulement dans cette constellation, et cela vaut aussi bien pour la France, que nous pourrons défendre nos intérêts au niveau mondial. Cela ne concerne pas seulement l’économie mais aussi notre modèle de société.Notre programme politique sera clairement pro-européen, mais cela n’empêche pas de se montrer critique quand besoin est. La politique migratoire est un défi pour l’ensemble de l’Europe et la réponse européenne actuelle, que ce soit sur les frontières extérieures ou la répartition des réfugiés, n’est pas satisfaisante.

Dans la perspective des élections européennes, comment jugez-vous la période difficile que traversent vos alliés français, Les Républicains ?

Actuellement tous les partis traditionnels sont dans une situation difficile en France, pas seulement LR. Je suis une fervente supportrice des partis établis, dans le sens où ils sont basés sur un programme. Nous sommes donc toujours en contact régulier avec LR et nous réfléchissons dans le cadre du Parti populaire européen (PPE) comment aborder cette campagne. Nous discutons avec nos alliés français à propos de leurs positions critiques vis-à-vis de l’Europe mais cela fait partie des discussions inhérentes à un grand groupe comme le PPE.

Emmanuel Macron plaît à beaucoup d’Allemands, y compris au sein de votre parti. La CDU a-t-elle envisagé de se rapprocher du mouvement En Marche ?

La difficulté, c’est qu’une telle coopération ne pourrait avoir lieu que si En Marche se positionnait clairement parmi les familles politiques existantes au Parlement Européen. Or le caractère de ce mouvement est de se servir parmi les différentes familles : droite traditionnelle, libéraux, socialistes. Je pense que ce ne serait donc pas dans l’intérêt de ce mouvement de se positionner aussi clairement.

La France et l’Allemagne se sont mis d’accord en juin sur un budget de la zone Euro, quelles sont les prochaines étapes pour que ce projet se réalise ?

La première question sera de savoir si nous réussissions à établir un budget européen pour les prochaines années en amont des élections européennes. C’est fondamental pour pouvoir aborder les dossiers suivants. Sur le budget même de l’Eurozone, la rencontre Macron-Merkel à Meseberg a permis de trouver un compromis sur le volume. Au-delà de ce budget de la zone Euro dont on parle beaucoup, il y a d’autres points de discussions entre nos deux pays, comme la question de la convergence qui intéresse particulièrement les Français. Ou celle de la défense des frontières extérieures. Mais aussi sur les possibilités à offrir aux jeunes pour qu’ils puissent découvrir de façon plus intensive l’Europe.

Vous venez d’une région frontalière à la France, quel élan souhaiteriez-vous donner personnellement aux relations entre les deux pays ?

Avec la « Frankreichstrategie » de mon gouvernement de Sarre qui concerne l’enseignement du français dans cette région, nous avons insisté sur la question du plurilinguisme, sur le fait qu’il devrait être évident de grandir en apprenant la langue du voisin. Je souhaite insister sur le rôle des régions transfrontalières. L’Europe au quotidien, avec ses bons et ses mauvais côtés, se joue dans ces régions. Je souhaiterais que soient offerts plus de libertés et de moyens pour que ces régions puissent tenter des expériences qui pourraient, en cas de succès, être appliquées au niveau régional.

La CDU vous a offert des premiers mois relativement turbulents. La querelle très dure sur la politique migratoire, a poussé le gouvernement et l’Union de la droite au bord du précipice et a fait chuter la droite dans les sondages. Combien de temps peut durer la trêve actuelle avec la CSU ?

En tant que présidente de région, j’ai été habituée à la résolution de crises. Mais je ne connaissais pas une intensité telle que celle que nous avons eue avant la pause estivale. Ce fut un conflit très engagé mais qui a souvent dépassé les bornes. Les règles de dialogue et de bonne tenue qui caractérisent normalement notre parti traditionnel ont été bafouées. Il s’agissait en réalité d’une question essentielle : Lorsque nous sommes dans une situation politique urgente, et c’est le cas de la politique migratoire, nous appuyons-nous sur une

solution européenne ? Au final, nous avons trouvé un bon compromis réalisable. […] L’un des plus gros obstacles doit encore être surmonté : un accord avec l’Italie. Mais je suis confiante, que nous arrivions à trouver une solution ensemble.

Dans plusieurs Länder allemands, les Églises procèdent à leur propre « droit d’asile religieux », qu’en pensez-vous ?

Ceux qui s’engagent dans les Églises ne peuvent pas partir du fait qu’ils agissent en dehors du droit national. Malgré tout, l’État, ces dernières années, s’est mis d’accord avec les Églises pour que les paroisses puissent accueillir des réfugiés en situation humanitaire particulière, mais en suivant certaines règles. Les paroisses doivent par exemple enregistrer ceux qui se trouvent en situation d’asile chez eux. […] Je pense que les règles encadrant cet « asile par les Églises » ne sont pas trop sévères.

Pour rassurer votre électorat, vous avez relancé le débat sur le service militaire. Mais la position de la CDU est encore peu claire.

Lors de ma tournée de rencontres avec les militants CDU, il est apparu que beaucoup d’entre eux souhaitent une réintroduction du service militaire ou d’un service civil obligatoire. Ils ont l’impression que la balance entre les droits et les devoirs d’un citoyen est déséquilibrée, à une époque où on a l’impression que les gens ne s’intéressent plus qu’à eux-mêmes. Un service pour la société et pour la patrie pourrait renforcer cette cohésion.

Est-ce que ce service sera obligatoire ?

Il y a au sein de la CDU une grande sympathie pour un service obligatoire. Pour ma part, je ne suis pas complètement décidée. Ma mère m’a toujours raconté comment elle avait dû se soumettre à un service obligatoire pendant l’époque nazie. C’est quelque chose qui me reste en mémoire.

Quelle durée prévoyez-vous pour ce service ?

Beaucoup de propositions envisagent une durée d’un an, pour les hommes et les femmes. Et elles envisagent également que cela ne concerne pas seulement les citoyens allemands, mais également les réfugiés et les demandeurs d’asile qui sont majeurs et vivent en Allemagne. C’est un point que je trouve intéressant. Si les réfugiés effectuent un service de ce genre, obligatoire ou volontaire, cela participe à leur intégration dans la société et dans le pays. Et cela pourrait augmenter l’acceptation de notre société vis-à-vis des réfugiés qui vivent ici.

Comment réagissez-vous à cette étiquette, reprise par les médias, de « successeur souhaitée d’Angela Merkel » ?

Ma vie et certaines interviews seraient sans doute un peu plus faciles sans ce titre. Mais je ne peux pas non plus effacer cette appellation. Angela Merkel et moi-même pouvons très bien vivre avec cette étiquette.

Quelle direction souhaiteriez-vous donner le parti ?

Le grand défi de la CDU sera de conserver ce statut de grand parti populaire pour l’avenir. La force de la CDU consiste à être une plate-forme pour de nombreux courants différents. Je suis un pur produit de la CDU car vous pouvez me retrouver avec des positions politiques très différentes selon les sujets. Nous devons prouver que nous sommes le parti populaire du centre. Nous devons avoir une palette assez large pour que chacun puisse se sentir chez soi dans notre parti.

 

 

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